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DECISION

Une décision est motivée par l’une au moins de trois raisons.

La première, la plus rationnelle et répandue, est l’intérêt (le plus souvent à court terme et parfois à tort.).

Exemple : une firme lance un produit dont les dirigeants savent très bien qu’il est dangereux pour la santé ; mais que sa mise sur le marché rapporte gros.

La seconde raison : le chef se prononce contre l’avis général, pour marquer son autorité.

La troisième : le groupe préfère la routine au changement de ses habitudes ; même quand la plus évidente des logiques la  montre indispensable.

L’expérience de trente ans dans une administration m’a fait découvrir et mesurer la fréquence et la puissance insoupçonnables des deux derniers motifs.

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DEMOCRATIE

La démocratie est fort loin d’être naturelle, car elle est contraire à l’instinct du chef de meute, tout puissant sur la plupart des humains ; ce moteur fondamental est défavorable à la décision collectivement débattue. Le troupeau ne discute pas ; il suit l’animal de tête.

Aussi, du moins en France, les sondages montrent régulièrement une préférence majoritaire pour l’« homme à poigne qui va remettre de l’ordre».

Conséquence : le Parlement est suspect et les parlementaires automatiquement soupçonnés du pire.

En revanche, le bon peuple, ignorant l’expérience des siècles, tend à croire que les tyrans sont intègres et hantés par le seul souci du bien public.

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J’ai observé, plus que souvent, un phénomène déconcertant, au moins pour moi : les mêmes Français, que ne choque pas le salaire mirobolant d’un joueur de ballon, ne supportent pas que les parlementaires reçoivent plus qu’un médiocre traitement, sans proportion avec la difficulté de leur tâche et l’ampleur de leurs responsabilités.

En décembre 2017, un nouveau député déplore avoir beaucoup perdu en revenu et en qualité de vie ; et signale : « Des anciens cadres du privé, qui gagnaient près de 20 000 euros par mois et se retrouvent avec quatre fois moins, se plaignent de travailler beaucoup plus pour gagner beaucoup moins. »

Cet ingénu découvre les méfaits d’une opinion banale : travailler dans le secteur privé donne tous les droits, dont celui d’être largement rétribué, cependant qu’elle juge le contraire pour les agents du Secteur Public, ainsi que pour les élus, représentants de la nation ; j’y vois une preuve de plus du refus inconscient, mais insurmontable, de l’institution démocratique.

J’ai signalé cette anomalie de traitement ; on m’a répliqué : « Il n’avait qu’à ne pas se faire élire ! » Une réponse tellement ahurissante qu’elle me laissa… coi.

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La démocratie représentative a pour objet de déléguer la prise de décision à des spécialistes censés bien informés. Malheureusement, les gouvernants, trop souvent obnubilés par le souci de leur réélection, sont obsédés par les sondages et se contentent chaque fois qu’ils le peuvent de suivre l’opinion, telle qu’elle est informée – ou plutôt manœuvrée – par la presse populaire que possèdent les puissants ; la « com » gouverne !

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Sous le nom officiel de « démocratie » on ne peut observer dans la réalité que des « ploutocraties ». L’argent règne et gouverne.

Toutefois, du point de vue des riches, le fonctionnement de ce régime n’est pas parfait ; il souffre une seule exception, mais d’un effet capital : la règle fondamentale de la démocratie exige des élections périodiques ; et là, parfois, une énorme surprise surprend le pouvoir en place. Il arrive que le « Peuple » désavoue la politique pratiquée par la haute finance. Le « Brexit » en est le cas le plus récent.

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A mes yeux, le régime démocratique se fonde sur une illusion : je ne peux croire que le bon peuple, dit souverain, puisse et doive être la source du Pouvoir ; le bon peuple ne souhaite pas décider, mais obéir ! Il se comporte instinctivement en troupeau : on suit le chef de meute. Sans discuter !

Le bon peuple ne cesse de critiquer le Parlement, car un troupeau n’en a pas !

Cependant, sans craindre d’apparaître contradictoire, je suis un partisan convaincu de la démocratie, car je lui reconnais une vertu capitale : la tenue d’élections périodiques.

On sait depuis la nuit des temps qu’un gouvernant fait tout ce qu’il peut pour demeurer au Pouvoir ; c’est la dérive naturelle. Rien de plus dangereux, car, on le sait aussi, le Pouvoir rend fou. Il est donc indispensable qu’après une dizaine d’années au plus, un politique détenant les rênes de l’Etat soit contraint de céder la place ; au moins provisoirement.

L’alternance est une nécessité capitale.

Or, c’est l’office des scrutins que de remettre en cause le mandat des élus, à intervalles réguliers ; et d’entraîner des changements d’hommes à la tête des équipes publiques.

Le régime représentatif garantit cette précieuse précaution.

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Le problème – difficile à résoudre – de la démocratie est que les ignorants et les imbéciles sont majoritaires.

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La classe politique, c’est mal.

Le peuple souverain ; c’est pire.

Le système représentatif est meilleur que le direct.

Les élus sont bien plus compétents que les électeurs.

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En démocratie, les chefs politiques sont très sensibles à l’opinion publique ; parvenus au pouvoir, ils s’efforcent de la satisfaire, autant que possible, à une exception près mais capitale : il ne faudrait surtout pas toucher aux intérêts des puissants qui financèrent leur élection.

A cette fin électorale, les dirigeants usent au maximum des procédés de la « com » et manipulent tant et plus l’opinion des électeurs.

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DEMOGRAPHIE

Les analystes et commentateurs oublient plus que souvent le facteur démographique dans leurs explications.

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En 1968, je montre à Gaston MONNERVILLE la courbe démographique de la France et lui indique que cette année-là présente un phénomène exceptionnel : l’écart est maximum entre l’âge moyen de la population et celui du droit de vote (21 ans à l’époque.) Et j’ose lui prédire qu’en 1978 la gauche viendra au pouvoir, quand les générations massives de 800.000 naissances d’après-guerre iront aux urnes.

Je me suis trompé de trois ans, car Raymond BARRE fit auparavant une campagne électorale d’un ton vraiment inhabituel. :

« Je ne vous fais aucune promesse, car ce sera très dur ! »

Les électeurs se sont dit : « Pour une fois, nous avons affaire à une candidature  sérieuse. » C’est seulement en 1981 que MITTERRAND fut élu.

Enfin, la courbe démographique annonçait un phénomène contraire :

le retour progressif de la droite, car une population vieillissante devient de plus en plus conservatrice.

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Faut-il s’étonner du priapisme général qui, si l’on en croit le témoignage scandalisé du clergé, agitait les populations médiévales ? Et cela, dura jusqu’au XVIIIème compris. C’est oublier les conditions démographiques : autrefois, on mourait jeune.

Le sexe tourmente un peuple où la majorité a moins de trente ans ; pas un peuple de vieux.

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De 1900 à nos jours, l’espérance de vie, en Occident, est passé de quarante à quatre-vingts ans. En gros, on peut dire qu’elle a doublé.

Un vieux est obsédé par le souci de sa sécurité physique et financière.

Conséquence : ne serait-ce que pour cette raison démographique, Europe et Amérique vieillissantes sont de plus en plus conservatrices. Et ladres.

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En 1969, une sévère épidémie, la grippe dite de Hong Kong tua 35.000 Français en deux mois ; pourtant, elle passa largement inaperçue ; c’est tout juste si la presse de l’époque y fait allusion. Certes, la « télé » de l’époque était censurée et les « réseaux sociaux » ne sévissaient pas encore.

Il est quand même étrange que cette grippe ne soit même pas signalée dans la liste des événements marquants de 1969, consultée sur Wikipédia.

En l’an 2020, le coronavirus provoque une véritable panique : il est l’obsession du Pouvoir ; la hantise de l’opinion…

Plusieurs journalistes relèvent la différence surprenante entre 1969 et 2020 ; pour l’expliquer, ils ne pensent pas l’effet du facteur démographique.

Il y a un siècle, et même plus récemment, en 1969, quand la population comprenait une majorité de jeunes, la mort des vieux apparaissait naturelle et leur survie n’était pas prioritaire.

2020. Une population âgée pense le contraire.

Conséquence : le grippe de Hong Kong n’a pas troublé l’économie. Celle de 2020 est une terrible catastrophe ; une majorité de vieux a jugé normal de sacrifier l’avenir des jeunes, en confinant tout le monde, à commencer par les actifs, car les hôpitaux étaient surchargés de vieillards infectés et qu’il fallait absolument les sauver. L’économie s’effondre : actifs, jeunes et pauvres sont sacrifiés.

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Pour couronner le pire, l’horreur de la dépense, obsession des vieux, avait renforcé la triomphante doctrine « néolibérale du Tout-marché » qui prescrit de restreindre les moyens de l’Etat ; ce double penchant pour l’épargne avait dramatiquement restreint le budget de l’hôpital public. En diminuant le nombre de lits ! Et de plus supprimé tests et masques.

Au lieu de tester l’ensemble de la population et de ne confiner que la faible quantité des personnes déjà infectées, malades ou non, et l’ensemble des plus de 65 ans qui ne travaillent plus – ce qui n’eût en rien suspendu l’activité générale –  il fallut plaire à l’opinion en confinant tout le monde.

On relèvera qu’une lésine économisant 300 millions sur masques et tests provoque une perte économique mille fois plus lourde.

Et l’on aime à dire que « gouverner, c’est prévoir » !

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A mes yeux, le coronavirus actuel pose un crucial problème de choix politique :

Faut-il sacrifier l’économie, aux dépens des actifs, des jeunes et des pauvres ?

Ou sacrifier la survie des vieux ?

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DEREGLEMENT CLIMATIQUE

Les historiens n’ont pas, du moins à la connaissance, insisté sur deux phénomènes de grande conséquence sur l’événement.

Il s’agit de deux changements climatiques.

Le premier : au début de notre ère, la planète connut un réchauffement qui poussa les peuples de l’Est à marcher vers l’Ouest, à la recherche de pâturages humides ; les Barbares envahirent l’Occident et ruinèrent la brillante civilisation de la Pax Romana.

En sens inverse, le second fut un fort refroidissement, qui dura de la fin du XVIIème à celle du XVIIIème ; les famines qu’il provoqua ont sûrement contribué aux révoltes paysannes de la Révolution.

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J’entends beaucoup accuser l’espèce humaine de produire beaucoup trop de co2 et d’être ainsi la cause du réchauffement actuel.

J’aimerais, tout d’abord, entendre évoquer le moteur (sans doute) primordial, c’est-à-dire le caractère purement naturel d’un phénomène sur lequel nous autres humains ne pouvons rien ; ensuite, connaître le pourcentage (si possible) exact qui revient à l’activité humaine dans la dégradation du climat.

Il se pourrait bien qu’il fût assez faible.

Cela dit, je ne cherche pas à fuir la responsabilité humaine, dans la gravité actuelle et future du réchauffement. Est bon à prescrire tout ce qui peut nous épargner le malheur.

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DERIVE

A ma connaissance (mais elle est limitée), nul politologue n’a jusqu’à présent approfondi l’étude d’un phénomène que je juge capital : celui de DERIVE ; je dis capital, car il affecte toutes les institutions.

Par « dérive » j’entends une corruption progressive qui atteint toute institution ou régime, et l’éloigne de son principe initial.

Exemple : de siècle en siècle, il fallut réformer les monastères ; s’il est pourtant une institution d’un éminent sérieux, c’est bien celle-là. Officiellement, dans un couvent, il n’est d’autre souci que de plaire à Dieu ; or, quoique sacrée, la règle des réguliers s’y relâchait peu à peu, s’assouplissait,

était tournée, parfois même oubliée…

Les forces vitales et sociales, sans cesse à l’œuvre, déforment peu à peu tout édifice collectif, quel qu’il soit.

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Il est dans la nature du Pouvoir de changer et de se transformer. Quasiment toujours, il évolue mécaniquement dans le même sens.

MONTESQUIEU après ARISTOTE en a bien identifié l’irrésistible moteur : « Tout pouvoir tend à abuser du pouvoir » ; autrement dit, les puissants se servent de leur puissance pour accroître leur puissance. L’instinct de domination et d’impérialisme l’emporte. La nature du Pouvoir comporte cet instinct.

Le seul cas où un changement se dirige dans l’autre sens résulte non pas du cours automatique de l’évolution naturelle, mais d’une très consciente volonté politique de réforme, précisément opposée à la dérive automatique.

Une telle amélioration réfléchie est rare, car elle résulte le plus souvent d’une révolte ou surtout d’une révolution qui ruine le régime établi.

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 Que de fois, la presse nous informe que, dans tel ou tel pays, le chef au Pouvoir depuis dix à trente ans a progressivement verrouillé la vie politique. Devant une aussi fréquente « dérive », chaque fois orientée dans le même sens, et donc facile à prévoir, ne faut-il pas simplement comprendre que s’applique encore et encore la loi « Tout pouvoir abuse du pouvoir ? » Et anticiper, sinon empêcher, son effet.

Et surtout, quand l’occasion (rare) se présente de réformer la Constitution, il serait judicieux d’y inscrire des règles limitant le nombre de cumuls successifs.

On observe souvent que, tout au contraire, le despote finit par abolir un frein aussi fâcheux.

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Dérive politique. POLYBE aurait écrit sur ce phénomène. A vérifier.

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Dès qu’une thèse rassemble du monde, se présente au plus vite  quelqu’un pour en prendre la tête.

Bientôt on n’entend plus que lui : il parle très fort pour se faire entendre, autant dire connaître : il simplifie, il grossit, il appauvrit, il défigure ce qu’il prône ; on entend beaucoup plus parler de ce candidat que de ce qu’il prétend défendre.

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Toute institution est soumise à la loi de la dérive : peu à peu elle dévie de son projet initial ; ses principes se corrompent, sa morale s’atténue et se pervertit ; les candidats aux postes de commandement se livrent à l’inévitable guerre des EGO ; les violents usent de la force pour l’emporter… Après un siècle ou deux , on ne reconnaît plus grand-chose de la figure originale. Ni des motifs impérieusement raisonnables qui la firent se constituer.

Le fanatisme croissant de certains mouvements politiques les assimile peu à peu à des sectes. Au-delà d’un certain degré de foi, l’adhésion aux théories laïques rationnelles relève du même esprit de croyance que s’il était attaché à un dogme pieux.

On n’entend plus que ceux qui parlent haut et fort, pour faire parler d’eux-mêmes et, qui, pour se faire entendre des masses, réduisent la thèse en slogans simplistes. Ce grossier résumé répond au tout-puissant, car instinctif, « besoin de croire », qui domine tout un chacun.

Il me semble que, ces temps-ci, des mouvements tels que féminisme, écologie et anticolonialisme succombent à cette loi.

A ce sujet, peut-on imaginer dérive historique plus spectaculaire que celle du christianisme ? Partant de la morale foncièrement altruiste et généreuse de Jésus, cette foi aboutit après quelques siècles aux bûchers d’incroyants, comme aussi au fameux : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

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Il y a fort longtemps, les bergers s’aperçurent que le porc donne le ténia ; il était intelligent de le proscrire ; après un ou deux millénaires, la précaution judicieuse s’est changée et durcie en interdit religieux.

Les musiciens observent un procédé efficace ; ils le recommandent ; la recette peu à peu s’impose en règle. Après deux siècles, elle est intangible. Qui s’en écarte est vu comme un dangereux anarchiste.

Peu à peu, inévitablement, le raisonnable expérimental se sacralise en dogme.

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DESPOTISME

Le régime du Pouvoir à deux formes officiellement contraires : la dictature et la démocratie.

La différence est plus dans l’apparence que dans la réalité.

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Le despote ne se cache pas ; en pleine carté, il règne pas la terreur : il censure sans pitié, il fusille les opposants… Ses moyens sont violents et expéditifs.

En comparaison, le régime démocratique est moins critiquable : en apparence ; mais il n’est pas tout ce qu’il paraît : en réalité, il dissimule une constitutive phallocratie ; l’argent gouverne. La toute puissante fortune ne se montre pas au premier plan. : habilement cachée derrière un noble décor, la richesse au pouvoir est en mesure d’acheter tout ce qui est achetable, dont les consciences ; ce qu’elle ne manque pas de faire ; pas au grand jour, toujours en secret.

Les gouvernants démocratiques n’ont pas besoin de régner par la terreur ; leurs richissimes patrons se sont emparés de tous les moyens d’information. Ils ont accaparé la presse populaire, ce qui revient à museler les opposants, en les privant d’une vraie tribune. Cette forme de censure est invisible. La « communication », qui est une propagande camouflée, manœuvre les esprits et oriente l’opinion dans le bons sens…

Sans nul besoin d’être extrêmes, les moyens des démocraties sont tout autant efficaces que ceux des dictatures. Le résultat est le même : qui est au pouvoir demeure au pouvoir.

Le seul vrai avantage de la démocratie est d’organiser des élections périodiques ; on sait que le Pouvoir rend fou. D’être contraint de laisser la place à autrui (le plus souvent du même parti), élimine à coup sûr un gouvernant, avant qu’il soit trop tard pour sa santé d’esprit.

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Le despotisme est une dictature dure. La démocratie est une dictature douce.

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Un dictateur (à la FRANCO) que la paix obsède et qui fait tout pour la préserver est infiniment préférable, car moins dangereux,

qu’un dictateur fou de guerre, tel qu’un HITLER.

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