BUDGET

BUDGET

Les plus virulents de ceux qui dénoncent le déficit budgétaire et le montant « excessif » de la dette nationale, sont aussi ceux qui en tirent le plus grand profit.  Ce sont les créditeurs de l’Etat. Tous des conservateurs.

Rien de plus habilement hypocrite que leur attitude. Qui soupçonnerait spontanément qu’ils bénéficient du contraire de ce qu’ils réclament. Une contradiction qui n’a rien d’évident.

En revanche, s’ils soutenaient le principe de la dette, on verrait trop vite son lien de dépendance avec leur véritable intérêt.

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Les commentateurs ont complètement oublié l’expérience désastreuse de l’entre-deux-guerres.

Dominés par l’idéologie libérale, les gouvernements d’alors se sont efforcés d’équilibrer leurs budgets ; sans accepter de voir que cette politique entretenait le chômage. Il n’y eut qu’une seule exception, celle d’Hitler ; mais Hitler étant Hitler, on ne regarde pas de son côté.

Keynes eut beau expliquer assez tôt le système de la relance par la consommation, les gouvernements firent la sourde oreille ; sauf que la guerre opéra ce qu’ils refusaient : les dépenses induites par les commandes militaires ont rempli les usines.

Keynes fut alors reconnu et appliqué ; jusqu’au moment où, soucieux de payer moins d’impôts, les multimilliardaires américains ont suscité à Chicago une théorie économique qui leur fût éminemment favorable : celle du néo-libéralisme, encore plus fausse que la libérale précédente ; soumis aux mêmes pressions des puissances d’argent, le Vieux Continent adopta la nouvelle doctrine, qui, à l’instar de la première, provoqua une crise majeure ; et durable, puisque nous n’en sommes toujours pas sortis.

Contrairement aux idées reçues, il faut savoir relever un fait vérifiable : aux Etats-Unis, l’expérience, sur deux décennies, montre qu’en fait le déficit budgétaire favorise l’expansion. Encore faudrait-il accepter de le reconnaître.

 

Le malheur est qu’en politique les théories d’ambition scientifique fondées sur l’expérience comptent peu ; à leur place, depuis des millénaires, triomphent les dogmes !

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Ignorant tout de l’économie politique, les bonnes âmes s’en remettent à ce qu’elles pensent être d’évidentes similitudes. J’entends plus que souvent :

« Le budget de l’Etat, c’est COMME un budget privé ; les dépenses ne doivent pas dépasser les recettes ! »

 

Les bonnes âmes ne savent pas que le budget national est chargé de fonctions supplémentaires.

Par exemple : il doit ajuster le flux monétaire au volume des échanges des biens et services, et même s’il le faut en créant de la monnaie.

Il décide et enregistre un déficit dont la fin est une relance par la consommation. Etc...