CAPITALISME

CAPITALISME

Le capitalisme, c’est la bourgeoisie.

Durant le XVIIIème siècle, grâce au progrès technique croissant, les  roturiers bourgeois gagnèrent assez de fortune pour gagner une influence croissante sur l’opinion ; ils furent en mesure de tourner en leur faveur les bouleversements révolutionnaires de 1789.

Le capitalisme est au fondement de la bourgeoisie, et de sa prédominance, depuis que le Tiers-Etat conquit le pouvoir politique, en y remplaçant la trop antique et féodale noblesse.

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Les bourgeois sont près de leurs sous ; et le capitalisme, c’est le rendement maximum, au moindre frais. Encore plus vrai de nos jours, pour le capitalisme dit « financiarisé ». « J’en veux pour mon argent ! » est une maxime éminemment bourgeoise.

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Le capitalisme privé est fondé sur l’initiative d’un producteur privé qui veut gagner de l’argent, le plus possible et vite ! On oublie trop facilement que c’est là son but fondamental. Le souci du gain est si puissant que la tentation de la fraude n’en est jamais loin. « Pas vu, pas pris. »

Ces arnaques systématiques et massives, dissimulées avec soin et farouchement niées, ne cessent de se multiplier : le constructeur automobile truque ses moteurs ; le producteur d’engrais fabrique de faux certificats niant les vices de son herbicide…

Les grands groupes achètent la presse populaire, afin de l’empêcher de révéler leurs forfaits… C’est sans doute ce que les « néo-libéraux » appellent la « régulation automatique du marché ! » On comprend qu’ils s’opposent autant qu’ils peuvent aux contrôles de qualité exercés par l’Etat ; l’Etat est l’empêcheur de voler en rond ! Une gigantesque propagande nous persuade du rôle néfaste des pouvoirs publics. «  Ah ! Les fonctionnaires !... »

Cette campagne ne sert pas seulement à vanter les vertus du secteur privé, mais en plus - et sans l’avouer - à faire réduire, sinon même à supprimer, toute répression des fraudes. C’est pourquoi l’effectif des services publics est dénoncé comme pléthorique ; tout prétexte est bon pour diminuer le nombre des contrôleurs.

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Les théoriciens nous disent : « Après le capitalisme marchand à petite échelle, succéda le capitalisme d’entreprise ou d’industrie, dont les produits sont mis sur un plus vaste marché/

Maintenant, règne le capitalisme financier qui, peu à peu, couvre la planète. » Il ne s’agit plus du même capitalisme ; dans le premier, l’« homo oeconimicus » est informé rationnellement, à la façon de la ménagère en courses au marché, qui, sur un parcours réduit, est en mesure de faire ses choix entre les étiquettes des étals ou comptoirs. Sa décision se répercute sur la concurrence des prix de l’offre. Au contraire, dans un marché mondialisé, le consommateur n’a pas de poids direct et immédiat sur l’offre.

La « société de masse » contemporaine favorise le capitalisme du «bon marché » (dit « low cost ») ; car le « bas de gamme » est adapté à la demande, émanant d’une majorité de consommateurs à faible pouvoir d’achat ; de petits moyens font rechercher systématiquement la dépense la plus réduite possible, à la différence des bourgeois qui acceptent de payer la «qualité» au prix fort, à condition «d’en avoir pour leur argent» ; contrairement à un  membre de la classe moyenne, un prolétaire ne dira jamais : «Le bon marché coûte cher. »

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 Le capitalisme financier est au pouvoir : la finance gouverne la politique, en faisant élire ses candidats.

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Ce nouveau capitalisme s’est imposé, en une cinquantaine d’années.

Théorisé par d’Adam SMITH, le libéralisme avait déjà vanté les avantages de la concurrence ; mais KEYNES les avait critiqués et tempérés.

Sous le nom de «néo-libéralisme », ou, comme on dit, de « Tout-Marché », Milton FRIEDMAN et l’Ecole de Chicago idéalisèrent ces bienfaits jusqu’à l’abus. A les croire, le marché était par nature doué de toutes les qualités, dont une - majeure - qu’il était capable de se « réguler » à lui tout seul ; il convenait donc d’élargir au maximum ce miraculeux marché concurrentiel et si possible à l’échelle planétaire. La mondialisation s’ensuivit.

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Selon les néo-libéraux, l’intervention de l’Etat en matière économique est non seulement jugée inutile, mais néfaste. C’est pourquoi il importait, entre autres, de supprimer toutes les entraves à l’activité du commerce et des banques.

Etant donné que la théorie préconisait le maximum de liberté pour les financiers et les patrons, mais aussi la baisse d’impôt des riches, elle plut infiniment à tous les chefs d’entreprise, milliardaires, privilégiés et autres nantis ; comme entre temps, ces gens de fortune avaient pris soin de s’emparer financièrement de toute la presse populaire, ils en profitèrent pour lancer une propagande intense et imposer politiquement la suprématie d’un dogme aussi avantageux pour eux. REAGAN fut le premier gouvernant qui mit le système en application.

L’ensemble du monde occidental se convertit peu à peu au dogme de la « dérégulation » reaganienne ; la pensée des économistes qui ne partageaient pas ces vues, disparut de l’information : silence total, même des plus célèbres.

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Mesuré à l’échelle mondiale, le système est globalement positif ; surtout pour les pays émergeants, dont il favorise les exportations ; mais il fait des victimes, partout, y compris dans les pays développés.

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Ce capitalisme dégagé de tout contrôle, de tout frein, ce capitalisme « sauvage » enregistra de bons débuts.

Il profite d’abord aux privilégiés (dont je suis). Banquiers, grandes firmes, entrepreneurs, spéculateurs sont contents… Les prix baissent, grâce à l’importation de biens manufacturés dans les pays sous-développés à faibles salaires, ainsi qu’à la réduction des douanes ; marchandises et travailleurs circulent sans entraves ; les patrons apprécient l’afflux d’une main d’œuvre bon marché : le « plombier polonais » empêche les salaires de grimper. On joue en Bourse, partout dans le monde… L’ensemble des journaux populaires, aux ordres de l’argent-roi, nous répète à l’envi que «Tout est pour le mieux. » Au début, c’est vrai : tout va bien ; qui achète pour soi ou pour revendre est content.

Malheureusement, en politique, le long terme est plus que souvent le contraire du court. (En cela, la politique et l’escroquerie se ressemblent !) Les petits-enfants paient les dangereux succès des aïeux. Mais quand, au début, un système réussit, personne n’écoute les prophètes lucides… Les dégâts viennent par la suite.

Que se passe-t-il ? La concurrence des produits étrangers à bas prix entraîne de plus en plus de faillites et de délocalisations ; le chômage s’installe… Alors la demande populaire faiblit, ce qui entretient la crise.

Mais, pour les hommes au Pouvoir, il n’est pas question de reconnaître une conséquence capitale du système qu’ils soutiennent : dominée par l’idéologie du libre-échange mondialisé, associé à l’austérité budgétaire, l’institution européenne - que j’appelle « l’Europe du tiroir-caisse » - fait partout de très nombreuses victimes.

Certes, ces perdants n’ont pas le droit à la parole ; et il est mal vu d’y faire allusion, puisqu’on vous dit, qu’on vous rabâche, à longueur de colonnes : « Il n’est pas de meilleur système que le libre-échange mondialisé. »

Je me permets toutefois une remarque de mauvais goût : qu’il soit inconvenant de parler de quelque chose n’a pas pour conséquence qu’elle n’existe pas.

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Juste avant le « Brexit », le ministre allemand des Affaires Etrangères concéda, tout au plus, l’existence de quelques «déçus», une petite bande d’aigris irrationnels ; bref, rien de grave. Sauf que le « Brexit » compta 52% de « déçus » !

Les observateurs décrivent « la revanche de la nation profonde, face à l’arrogance des grandes cités cosmopolites ». Surtout aux moments où elle se traduit dans le résultat des élections.

La démocratie (même ploutocratique), se différencie des autres régimes par le fait essentiel que les pauvres, les exclus, les laissés-pour-compte disposent périodiquement d’une ressource capitale : le bulletin de vote. Quand, par extraordinaire, on leur demande d’approuver le système, ils répondent non. Ce fut le cas, lors du « Brexit ».

Hors référendum, ils manifestent tout autant leur opposition, lors des élections, en donnant leurs voix aux candidats qui critiquent la « mondialisation ». De même qu’après la crise de 29, la politique de la « déflation », entretenant ou même aggravant le chômage, conduisit au pouvoir Hitler, Franco, le régent Horthy… Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’austérité actuelle incite à voter pour l’extrême-droite. Et dans tout l’Occident… Et les experts s’étonnent de cet essor !

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RESUME : Le CAC 40 gouverne la France. Un groupe (plus ou moins organisé) de multimilliardaires exploite la société de masse, en usant de deux moyens :

- la publicité, en économie,

- la propagande, en politique.

Ces deux procédés sont identiquement fondés sur la répétition, le mensonge et surtout le subtil non-dit.

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La finance et l’entreprise gouvernent la France, par tous les moyens ; ces moyens sont efficaces et fort discrets.

Un sénateur de gauche me parle de son bulletin municipal ; il y vante tout ce qu’il accomplit en qualité de maire. Ce bulletin vit de publicité ; si peu qu’il comporte de critique du système économique, aussitôt les annonceurs se retirent et condamnent à disparaître l’imprudente gazette. « Je suis socialiste, mais le système capitaliste me refuse tout droit à la parole, dans mon propre organe de presse ; je peux seulement y annoncer, sans risque, que j’ai inauguré une école ou une caserne de pompiers. »

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Le « Tout-Etat » du communisme stalinisé, c’était la gabegie ; le Tout-Marché contemporain, c’est l’arnaque.

Le communisme s’étant (sauf en Chine) effondré, le capitalisme est présenté comme incritiquable. Sa défense justificatrice ne met pas en avant ses qualités intrinsèques, tant que les vices du communisme, auquel il s’opposait. Bref, les défauts d’un système servent à faire l’éloge du système opposé.

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Le capitalisme, c’est le maximum de profit immédiat et sans attendre. Il est aiguillonné par les actionnaires, qui ne demandent qu’une chose, mais fortement : que leur dividendes soient les plus gros possible et au plus vite. Un dirigeant avisé sait qu’il faut, sans délai, satisfaire ce désir primordial, sous peine de perdre son poste.

Je guette le coup fourré caché dans toute affaire d’argent. L’arnaque latente fait partie des moyens ; elles ne sont même pas toutes cachées ; l’une d’elles se proclame carrément : c’est « l’obsolescence programmée. » Un comble ! Et tout le monde accepte. Un autre comble !

J’appelle un chat « un chat », et l’« obsolescence programmée », une arnaque.

Le capitalisme est aussi un système de harcèlement à tous les niveaux, afin de pousser les employés au maximum de leur capacités, au détriment de leur santé et parfois de leur vie. Le ressort est toujours le même, le maximum de rendement et le plus vite possible.

 

Quoi qu’on dise, la puissance publique est indispensable pour tenter de ralentir cet emportement démesuré. Elle seule en a les moyens.

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Le capitalisme financiarisé contemporain est pourri par l’obsession « court-termiste » des actionnaires.

De sorte que la part distribuée en dividendes l’emporte trop sur celle qui est consacrée à l’investissement.

L’actionnaire ne pense pas aux profits lointains ; il obéit au penchant instinctif qu’exprime si bien la maxime : « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. »

L’omniprésence des scandales causés par certains « lobbies » trahit l’arnaque fondamentale que dissimulent nombre de capitalistes. Ils font tout ce qu’ils peuvent - et sans le moindre scrupule - pour empêcher la découverte et la répression de leurs fraudes.

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S’il est soucieux de garder son poste, tout dirigeant d’un établissement public d’hébergement pour personnes âgées EPHAD a intérêt à économiser sur les frais de soins, afin de verser un dividende accru aux actionnaires.

La pandémie du Coronavirus a révélé, par ses dégâts, ce qu’il en était réellement, contrairement aux belles apparences.

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Le capitalisme « low cost », entraînant la recherche mondialisée du meilleur marché a pour résultat que 80% des principes actifs des médicaments sont fabriqués en Chine et que l’Union européenne importe 40% de ses médicaments.

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Les sondages ont montré qu’il suffisait de posséder seulement deux ou trois actions boursières pour voter conservateur !

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Le capitalisme mondialisé mondialise aussi les virus.

Il transporte partout ce qui lui profite, mais aussi ce qui l’entrave et partout le paralyse.

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 La PUB a pourri le capitalisme.

 Elle a tellement habitué les firmes commerciales à mentir, dans une totale impunité, qu’elles le font de plus en plus effrontément. Et presque ouvertement !

Elles n’hésitent pas à corrompre les divers contrôleurs dont la mission est d’alerter sur les dangers d’un produit.

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Le Monde des 16 et 17 février 2020 décrit un phénomène invisible mais tout-puissant : la connivence entre les élus locaux et les banques, à la veille des élections. Juste avant la campagne, les parlementaires pressent les banques de soutenir les entreprises en difficulté dans la circonscription, afin d’éviter qu’elles débauchent ; ces licenciements nuiraient gravement à l’image du candidat, en accablant son bilan.

Réélu grâce à ce soutien, le candidat remercie. Il s’adressera de préférence aux banques qui l’ont aidé, chaque fois que la circonscription devra emprunter pour effectuer des travaux. Cette faveur privilégiée n’est pas rien : « Le taux d’emprunt des entités publiques est en moyenne de 2 points de pourcentage au-dessus du taux souverain français, alors que le profil de risque est semblable. »

Paradoxe ! Alors que la passation des marchés est soumise à la règle du plus offrant, le choix d’une banque pour contracter un prêt est totalement libre

Qui profite au mieux de ce système de services réciproques ? La banque, y trouve un avantage financier d’importance ; ensuite, elle est en mesure de favoriser le candidat qui lui plaît le plus.

A coup sûr, les capitalistes y gagnent.

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